Tarente 1940 les les rosbeefs s’en donnent à coeur jeu

‌Bonjour la compagnie,

L’Angleterre est un étrange pays où ont été conçues les machines volantes les plus laides qu’il soit. Tout le monde se souvient du Fairey « Gannet », de L’incroyable Avro « Shackelton » et de leurs hélices contrarotatives. Je ne vous parle pas du « Swordfish » sorte de tortue volante, monture de demi-dieux qui allèrent en 1940 chatouiller les moustaches teutonnes mais pas que.
Le 11 novembre 1940 à partir du porte-avions «  Illoustrious » les Britanniques allaient imposer leurs vues aux Italiens dans le contrôle de la suprématie en Méditerranée.

La base de Tarente, située sous le pied de la botte italienne était particulièrement bien équipée pour la construction et l’entretien des bâtiments de guerre. Malheureusement la protection anti-aérienne ou anti-torpilles était particulièrement négligée pour des raisons essentiellement budgétaires. Nous noterons également l’absence de radar et de projecteurs à faible portée.
En août 1940 de nouvelles unités étaient venues se joindre à la flotte, les cuirassés « Vittorio Veneto » et « Littorio », magnifiques bâtiments de 41 000 tonnes qui filaient 30 nœuds. Ils étaient équipés de 9 canons de 381 mm et de 12 canons de 152 mm sans parler des pièces de défense aérienne nombreuse et bien servie. On trouverait là à qui parler<.

En octobre 1940 les Italiens envahissent l’Epire et semblent vouloir contrôler la mer Egée où transitent de nombreux convois anglais. La Grande-Bretagne allait donc montrer de quel bois elle se chauffait. Le commandant en chef de la « Mediterranean Fleet » l’amiral CUNNINGHAM décide d’un raid surprise vers le port de Tarente ce sera l’opération « Judgement ». Son armada appareille d’Alexandrie le 6 novembre composée de cuirassés, de croiseurs, de quinze destroyers mais surtout d’un porte -avions équipé de ses célèbres « Swordfish ».

De leur coté les Italiens inquiets du remue-ménage causé par la flotte anglaise qu’ils surveillaient du coin de l’œil avait fait rentrer tous les bâtiments en rade de Tarente. Comme a dit l’amiral Cunningham : « Tous les oiseaux étaient dans le nid ».

Le 11 novembre, à 20 :30 les avions décollent de « l’Illustrious » et sont sur zone à 23 :20. Ils ouvrent le bal.

« Evoluant tranquillement à 5 000 pieds dans le grondement des canons des six cuirassés, des bordées des croiseurs et destroyers qui avaient relégué au second plan les défenses du port qui n’étaient plus que la frange extérieure d’un déluge de feu projeté au-dessus des flots par un peuple de défenseurs furieux et enragés contre des cibles qu’ils n’apercevaient que pendant quelques secondes. Dans cet enfer cinq, puis six « Swordfish » ont exécuté leur danse de mort et de destruction avec leur torpilles, entrant dans le port à quelques pieds au- dessus de l’eau ; Si bas que l’un d’eux a même touché l’eau de ses roues. Neuf autres biplans ont plongé et largué 48 bombes de 250 livres (113.4 kg) obligeant les servants de la DCA à disperser leurs tir sous des angles différents […] il semble incroyable que seul deux des lents biplans aient été abattu. En fait les pilotes volaient si bas que les Italiens ne pouvaient pas tirer sur eux sans risquer de toucher leurs propres navires ou la ville proche du port. Les avions volants plus haut ne risquaient pas grand-chose non plus car les fusées éclairant sous leur parachutes éblouissaient les tireurs tout en attirant leur visée derrière les avions largueurs»

Bref cette attaque fit cinquante neuf victimes mais paralysa la « Régia Marina » pour le reste de la guerre. Elle était désormais incapable d’escorter les convois vers la Libye. La moitié de leur force navale italienne était hors service.

Désormais la preuve était faite de l’efficacité des porte-avions et cette leçon ne sera pas oubliée par les Japonais à Pearl Harbour.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec Sur la peau de bouc : « Etre allé boire dans un débit étant de corvée pour faire de l’eau 

Encore Winston !

‌Bonjour la compagnie,
Il est des personnages historiques dont on ne se lasse pas, le plus emblématique est sans conteste Winston Churchill dont nous parlons régulièrement.
Ses mots d’esprit et ses réparties nous enchantent.

Naturellement comme on ne prête qu’aux riches, certains n’ont jamais été prononcés comme la réplique à Lady Astor qu’on lui attribue en lui disant qu’il boirait son café empoisonné s’il était son mari – reste la réponse qu’il fit à la députée travailliste Bessie Braddock en 1946 :

  • Winston vous êtes saoul, horriblement saoul.
  • Bessie ma chère, vous êtes laide et pire encore horriblement laide. Mais demain moi, je ne serai plus saoul et vous vous serez toujours horriblement laide

Il ne perdait jamais l’occasion de vitupérer contre les partis socialiste ou travailliste. Par exemple : « le vice inhérent du capitalisme c’est la répartition inégale de ses bienfaits. La vertu inhérente du socialisme, c’est la répartition égale de ses méfaits ».

Ses réparties étaient toujours d’un humour assassin. Un jour un ancien travailliste de haut rang Wilfred Paling (palissade en anglais) cria « Sale Chien » à Winston. Celui-ci sans se démonter rétorqua « Le très honorable membre devrait se rappeler ce que font les chiens aux palissades. »
Inutile de dire que lors des interventions de Churchill la salle du parlement était comble.

Par ailleurs il était docteur honoris causa de plusieurs universités ce qui lui fit déclarer le 26 février 1946 « Je suis surpris de voir que, vers la fin de ma vie, j’ai acquis une telle expérience dans l’obtention des diplômes alors que, quand j’étais écolier, j’avais tant de mal à réussir mes examens. En fait on pourrait presque dire que personne n’a jamais réussi aussi peu d’examen et reçu autant de diplômes. ».

Notre grand homme a toujours été sensible au bonheur du peuple. Les travaillistes l’avaient évincé du pouvoir en 1946 et mis en place une multitude de lois sociales. Revenu au pouvoir en 1953 il n’abrogea rien, bien au contraire, poursuivra sa construction de logements sociaux. Sans doute une des conséquences de l’attitude du peuple anglais à son égard pendant la guerre. Il s’inquiéta également de l’état lamentable de la situation alimentaire et du rationnement. Lloyd George apporta à Downing Street un plat en fer où étaient peinte la ration d’une famille.

  • Pas mal dit Churchill avec satisfaction
  • Mais ce ne sont pas les rations pour un repas ni pour une journée, c’est pour une semaine
  • Une semaine ! mais la population meurt de faim ! s’exclama Winston hors de lui.

Il faudra attendre 1954 pour que la situation s’améliore ce qui sera à mettre au crédit de son gouvernement.

Son régime alimentaire faisait l’admiration de tous pour un homme de plus de 70 ans. En 1952 il confia au roi : « Quand j’étais jeune, j’avais pour règle de ne jamais boire avant le déjeuner. Maintenant, ma règle ; c’est de ne pas boire avant le petit déjeuner ». Harold Mac Millan nous livre la composition de son petit déjeuner à 7h30. Œufs, bacon, saucisses et café suivis d’un grand whisky à l’eau de Seltz et d’un énorme cigare qui faisait l’admiration générale.

Sa retraite prise, établi à Chartwell, il aimait bien recevoir des visites en nourrissant ses poissons rouges qu’il appelait « mes chéris ». Un jour il proposa un whisky à l’eau de Seltz à un mormon qui lui répondit : Puis-je plutôt avoir de l’eau, sir Winston ? C’est ce que boivent les lions. – Les ânes aussi ! » fut sa réponse.

Sur la fin de sa vie il s’installait à Cap d’Ail chez Lord Beaverbrook. Un soir Daisy Fellowes qui avait épousé un cousin germain s’exclama alors qu’il paraissait endormi : « Quel dommage qu’un si grand homme se plaise à passer ses années de déclin en compagnie d’Onassis et de Wendy Reves » on entendit un grognement puis « Daisy, Wendy est trois choses que vous ne serez jamais : elle est jeune, elle est belle et elle est gentille. »

Bref pour tout vous dire notre héros fut un homme politique, sportif, artiste, orateur, parlementaire, journaliste, essayiste, joueur de casino, soldat, correspondant de guerre, aventurier, patriote, internationaliste, rêveur, pragmatique, stratège, sioniste, impérialiste, monarchiste, démocrate, égocentriste, hédoniste, romantique mais aussi lépidoptériste, chasseur de gros gibier, amoureux des animaux, rédacteur en chef de journal, espion, maçon, bel esprit, pilote d’avion, cavalier, romancier et « bébé pleurnicheur »

Quel homme !

J’en profite pour conseiller aux meilleurs d’entre vous de vous procurer au plus vite le livre de Andrew Roberts intitulé sobrement : Churchill

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Donec

Adieu Bertrand

Bonjour la compagnie

Dans sa bonne ville de Lyon, il veillait sur la destinée de l’Institut Lumière, temple du 7ème art dont il était le gardien de l’Histoire. Ce grand garçon dégingandé et sympathique nous a quittés le 25 mars. Depuis 1974 Bertrand Tavernier réalisait des films attachants, poétiques  et de haute tenue avec les acteurs que nous aimons tous.

Tout avait commencé en 1974 avec son « Horloger de Saint Paul » d’après une nouvelle de Georges Simenon. Il avait planté sa caméra dans sa ville de Lyon toute en traboules et en bouchons. Philippe Noiret, horloger et bon vivant essayait de sortir des griffes de la justice un fils un peu expéditif dans ses relations avec le vigile violeur de son amie.

Cet amour pour sa ville on le retrouvera dans « Une semaine de vacances » où la gentille Nathalie Baye pète un peu les plombs. On profite de l’occasion pour visiter la maison où plane encore l’ombre du père Tavernier grand résistant, éditeur de la revue « Confluences » et hébergeur de Louis Aragon pendant la guerre.

En 1975 il offre un rôle à Michel Galabru où celui-ci donne toute sa mesure, « Le Juge et l’assassin » où un chemineau « sérial killer » assassine à tour de bras les bergères. Là encore éclatent la finesse et l’Humanité de Tavernier dans la France ingrate du XIXème siècle.

Un an plus tard il donne dans le film historique avec « Que la fête commence » florilège des turpitudes de la Régence avec Noiret en grand seigneur cynique et Jean Rochefort en abbé Dubois plus vrai que nature.

En 1981 avec « Coup de torchon » il réalise une adaptation d’un roman noir de Jim Thomson. il nous joue la colonisation façon Céline avec un cynisme déconcertant. Il faut voir Philippe Noiret en ange exterminateur des ordures d’un milieu colonial en décomposition. Succès immense nominé aux Oscars et aux Césars.

En 2002dans « Laissez passer » il prend pour cible Ce cinéma des années 40 que nous aimons tous avec les Carné, Prévert, Autan-Lara, Clouzot et tant d’autres. Nous sommes sur les plateaux de tournage avec deux héros résistant chacun à sa façon, Jacques Gamblin et Jean Aurenche. En toile de fond se dessine avec netteté ce monde du cinéma souvent passif et un rien collaborateur. En plus il nous montre l’homme des Nazis et de la Continental, Alfred Greven sous un jour mesuré et plutôt sympathique.

Nous ne pouvons pas passer sous silence ses œuvres traitant de la guerre de 1914 à commencer par « Capitaine Conan » magnifiquement campé par Philippe Torreton en baroudeur des Balkans au mieux de sa forme. Le roman d’où est tiré le scénario est, je le rappelle pour la jeunesse d’un auteur d’exception, Roger Vercel qui nous fit si souvent embarquer sur des cap-horniers. En 1989 il donne  « La vie et rien d’autre » qui traite de l’après-grande guerre à travers une quête nostalgique dans une France exsangue. L’Histoire semble figée dans le souvenir des héros disparus.

L’oeuvre de Bertrand Tavernier est naturellement beaucoup plus riche sans parler des livres écrits et de son amour du cinéma américain qu’il connaissait remarquablement. Bref je n’oublierai pas non plus le magnifique Claude Dauphin en peintre revenu de tout donnant la réplique à Sabine Azéma, femme libérée dans un film « belle époque ».

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Donec

Actuellement TV5 donne une formidable histoire du cinéma français par notre ami Tavernier qui est particulièrement jubilatoire. A ne surtout pas manquer !

La « peau de bouc » de la semaine :

  • Rire bruyamment sur le passage d’un gradé de façon à laisser supposer qu’il riait de lui.

Encore la perfide Albion

Nous allons évoquer aujourd’hui le triste évènement que fut Mers el Kébir mais nous nous intéresserons au point de vue des Anglais. Comment la perfide Albion a conçu et vécu l’évènement.

Nous sommes au début du mois de juillet 1940, la France a signé avec l’Allemagne un armistice le 22 juin, et c’est seulement le 10 juillet que les pleins pouvoirs seront accordés au Maréchal Pétain. Il règne dans les sphères gouvernementales françaises une pagaille d’interrègne.

La France vieillissante de 1939 a mis les pouces à la grande satisfaction de certains. Cependant l’armistice signé le 22 juin a rendu les Anglais fous de rage car ils vont devoir, seuls, résister au terrible choc des divisions nazies et se préparer à un éventuel débarquement. Pour eux qui voyaient l’armée française comme la meilleure du monde la déconvenue est terrible.
Churchill est consterné par l’armistice. Il en éprouve un immense chagrin et ne prendra aucun risque avec la flotte française dont l’appropriation par les Allemands aurait de terribles conséquences ; Il est certain que cet évènement aura lieu tôt ou tard.

Il a un long entretien avec le roi et la reine. Le souverain note à l’issue de la rencontre : « Il est furieux contre la France. Pourquoi devrions-nous lui faire des politesses après sa conduite envers nous ? Elle est revenue sur sa parole et sur son alliance, et sa flotte est dispersée un peu partout. Nous nous retrouvons seuls au monde, à attendre ».

Au soir du 1er juillet, après une entrevue Lord Beaverbrook écrira :

  • Ce n’est qu’à 2 heures du matin que Churchill prit sa décision. Il fallait qu’il la prenne tout seul. Il ne pouvait chercher aucun soutien – et n’en chercha pas [ … ] Juste après l’avoir prise, il quitta la salle du Conseil pour aller dans le jardin du 10 Downing Street. Il arpentait la pelouse, tandis que soufflait une forte brise – Une très forte brise. La nuit était noire. Il n’y avait de lumière nulle part mais il arpentait la pelouse de long en large parce qu’il en connaissait la moindre aspérité [ … ] Il était incroyablement perturbé et il ne reprit ses esprits qu’au bout de quelques minutes d’un vigoureux exercice.

Ce sera l’opération « Catapult ».

Le 2 juillet le premier ministre télégraphie a L’amiral Sommerville

  • Vous êtes chargé de l’une des tâches les plus désagréables et les plus difficiles auxquelles un amiral britannique ait jamais été confronté, mais nous avons entière confiance en vous et nous comptons sur vous pour l’exécuter sans faiblir.

Par la suite il qualifiera son ordre de couler la flotte française à Mers el Kébir et d’arraisonner les navires français à Portsmouth de décision odieuse, la plus contre nature et la plus douloureuse qui ne lui soit jamais échue.

Naturellement nous nous souvenons aussi que l’amiral Gensoul était libre d’éviter l’affrontement en se sabordant, en appareillant pour les Antilles, en rejoignant les Etats-Unis ou en venant se battre aux cotés des Britanniques.

Plutôt que de prendre une décision ferme il va faire traîner les négociations en longueur n’imaginant pas, contrairement à son chef d’état-major que les Anglais puissent attaquer. Si Darlan ne peut être joint l’amiral Luc transmet en clair l’ordre aux bâtiments de guerre français de se porter au secours de l’escadre de Mers El Kébir. En revanche, l’amiral Godfroy et sa force X au mouillage à Alexandrie parvient à sauvegarder sa flotte, Gensoul manque son rendez-vous avec l’Histoire.

Pour conclure Churchill le 4 juillet présente l’opération « Catapult » aux Communes. Il explique le « sinistre devoir » qu’il s’était senti obligé d’exécuter. Sa fille écrira : » Cela à été un jour très triste pour Papa. Sa déclaration a été triste et sombre, mais pleine de résolution et d’encouragement. Il a exposé la situation et l’action du gouvernement devant une chambre lugubre, attentive et pleine à craquer ». A l’issue du discours Winston se rassoit les larmes lui coulant sur les joues.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

Sur la peau de bouc ; »Jeter à la mer par méchanceté les tripes des aspirants »

Au bon temps du Maréchal

‌‌Bonjour la compagnie,

Je viens de refermer un petit livre admirable et bouleversant. Sur la couverture le visage ouvert et lumineux d’une jeune fille de vingt ans. Son titre : « Hélène Berr journal » préface de Patrick Modiano.

Le ton est donné dès les premières pages, nous sommes dans une famille juive, bourgeoise et cultivée, le père est ancien combattant de 14-18. Il assume de hautes responsabilités chez Kuhlmann.

Dés l’automne 1940, ils vivent sous la menace d’un Etat et de sa politique antisémite. Il a mis en œuvre une politique tatillonne, mesquine et bête mais par-dessus tout d’une incroyable méchanceté. Sur cette famille comme sur des milliers d’autres plane la perspective d’être envoyée à Drancy puis aux confins de la Pologne.

Dans ce milieu tous savaient que la déportation serait une expérience terrible. Pour s’en convaincre il suffisait d’assister aux rafles haineuses et sans ménagement de la police française. Il est toujours étonnant, aujourd’hui encore, d’entendre l’argument : « on ne savait pas ! ». Les juifs eux subodoraient la nature du traitement qui leur serait infligé.

Hélène, étudiante en anglais, jeune fille attachante et lumineuse ne baisse pas les bras. Elle poursuit de brillantes études. Elle nous fait partager son goût des lectures, de la musique, de l’amitié.

Elle mène également une intense activité sociale et vient en aide aux laissés-pour-compte de ce peuple maudit et ostracisé. Elle s’occupe particulièrement des enfants. Car le bon vieillard à la voix chevrotante installé à Vichy compte sur son exécuteur des basses œuvres, Pierre LAVAL pour prendre en main l’avenir des petits enfants juifs devenus orphelins. Le témoignage d’Hélène est poignant.

Ils voulaient tous repartir avec moi. Dans son enthousiasme Dédé Khan m’a dit – je vois encore sa figure suppliante, ses yeux noirs, si noir avec ses cheveux dorés, tout près a étinceler de rire : « j’voudrais que tu dormes près de moi ! » C’était l’expression suprême de son amour !

Naturellement quelques jours après ces gosses embarqueront dans des convois pour suivre leur terrible destin. On imagine ce que peu ressentir dans cet enfer un petit de cinq ans.
Chaque jour, les rangs de ses amis, de ses parents s’éclaircissent un peu plus.

Jamais Hélène ne perd courage, elle nous fait partager sa soif de vie avec la conscience claire de sa prochaine disparition.

Déportée à son tour, elle mourra à Bergen-Belsen en avril 1945

A très bientôt pour la suite de nos aventures

Donec

Ps : Nous savons tous que l’antre du « bidel » autrement dit « la bidelerie » est celle du capitaine d’armes, haut-lieu de la discipline à bord des bâtiments de la flotte. Comme chacun sait le « cipal fusco » est le maître principal fusilier commandos personnage auquel il ne convient pas de chatouiller les moustaches. C’est lui qui assume les fonctions de capitaine d’armes sur les unités importantes.

Par ailleurs la palette de couleurs qui concerne le marin de l’Etat se compose de deux teintes le vert soubassement et le gris coque.

Sur la peau de bouc (motif de punitions à bord)
« Avoir perdu par négligence un pèse-sel appartenant à l’Etat »

Histoire de rat et d’aéro

‌Bonjour la compagnie,

Parmi les « chapelles » qui composent notre Marine Nationale celle de l’aéronavale attire tous les regards. Ses membres en profitent pour juger les évènements de leur cockpit à une altitude de 10 000 pieds. D’où une certaine condescendance. 

Ils sont naturellement friands d’histoires à dormir debout qui les mettent en valeur.

En voilà une !

Autrefois, du temps où les animaux parlaient, vivait sur un galion une colonie de rats. Leur chef était un magnifique spécimen particulièrement musclé et agressif qui se faisait appeler « capitaine d’armes » en souvenir d’un embarquement sur les galères du Roy.

Il était épris d’une adorable petite souris blanche qui le menait par le bout du nez.

Un jour elle disparut, dans la colonie ce fut le « branle-bas » et tous de la rechercher.

On la retrouva dans un entrepont sombre et malodorant. Abomination de la désolation, elle s’était mise en ménage avec une affreuse chauve-souris malingre et contrefaite.
Le gros rat noir, prévenu n’en crut pas ses oreilles. Il vint la retrouver, pour remettre les pendules à l’heure.

-« comment fais-tu pour me tromper avec cet avorton malingre et contrefait quand je suis le plus beau rat de l’escadre de l’amiral Forbin ? »

– « il vole ! »

Et voilà le genre d’histoires dont se délectent les membres de l’aéronavale.

C’est navrant !

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

Inspection se sac : le sac représente l’ensemble des effets du marin. Régulièrement diverses autorités réunissent l’équipage et « inspectent » ce fameux sac plié 25×25 cm. Inutile de dire que lorsque c’est l’amiral qui s’y colle tous sont « sur les dents » …

Une fille de grenadier à cheval

Bonjour la compagnie,

Je suis fasciné par les femmes d’exception qui tournent le dos à ce que la société attend d’elles pour accomplir une destinée hors du commun. J’ai dans mon havresac quelques héroïnes de cet acabit dont certaines ont très mal fini comme Violette Morris dite « La hyène de la Gestap ».

 L’héroïne qui nous intéresse aujourd’hui prend à contre-pied le mot de l’ineffable Simone de Beauvoir : « on ne naît pas fille on le devient ». Le papa de Marie-Antoinette Lix était grenadier à cheval. Sa mère mourut quand elle avait quatre ans, son père, nostalgique de la vie militaire lui donne une éducation virile. A elle l’escrime et le maniement des armes. A dix ans elle ne sait malgré tout ni lire ni écrire. La voilà donc chez les religieuses de la « Divine Providence » à Ribeauvillé où mettant les bouchées doubles elle obtient à dix-sept ans son brevet libre d’institutrice.

Elle devient alors préceptrice des enfants d’une grande famille polonaise, les Lubianski. Elle s’installe à Szycz et en profite pour apprendre le polonais, l’anglais et l’allemand. En 1863 éclate l’insurrection contre les Russes. Elle s’y engage avec passion et devient une légende pour les insurgés polonais. Elle est de tous les combats sans que ses hommes ne soient au courant de la vraie nature de leur lieutenant. Arrêtée par le général Czengiery, elle est raccompagnée manu militari à la frontière. Sa qualité de Français lui permet et d’échapper au dada du général : la pendaison.

Elle retrouve sa chère Alsace mais pas pour longtemps. En 1866, après avoir suivi des cours d’infirmière la voilà partie à Lille où sévit une épidémie de choléra. Elle prend sa mission tellement à cœur que l’empereur Napoléon III ayant eu vent de son engagement lui donne la direction du bureau de poste de Lamarche dans les Vosges.

Mais la défaite de 1870 va changer sa vie. Très vite apparaissent des francs-tireurs : les « éclaireurs des Ardennes », les « Chasseurs de l’Argonne », les « Montagnards de Revins », les « Corps Francs des Vosges ». Tout ce beau monde talonne les troupes prussiennes et leur tend des embuscades. Inutile de dire que Marie Antoinette qui s’est engagée dans l’aventure est à son affaire. Le général Arbellot, impressionné par la conduite au feu de cette infirmière lors de la bataille de Nompatelize-Bourgonce la cite à l’ordre du jour. Malheureusement sa santé est défaillante. Elle se retire de l’unité combattante pour se consacrer au soin des blessés hospitalisés à Lamarche.

Vers 1880 elle se fixe à Paris et se consacre à des travaux littéraires. Elle publie alors « Le neveu de la Chanoinesse », « Tout pour la Patrie », « Jeunes brutions et vieux grognards » ouvrages marqués au sceau du patriotisme et de la foi.

En 1889 elle se retire chez les religieuses de Saint Nicolas de Port à côté de Nancy, où elle s’éteint à l’âge de 70 ans.

A bientôt pour la suite de nos aventures.

Donec

Sur la lune

Bonjour la compagnie,
Cette semaine vous aurez droit à un petit conte philosophico-politique extrait de l’intéressant ouvrage de Yval Noa Harari : Sapiens.

Voici l’affaire :

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin mirent le pied sur la surface de la Lune. Dans les mois précédant l’expédition, les astronautes d’Apollo 11 s’entraînèrent dans un désert « lunaire » de l’ouest des Etats-Unis. La zone abrite plusieurs communautés indigènes amérindien. Une anecdote – à moins que ce soit une légende – rapporte la rencontre des astronautes et d’un habitant du coin.

Un jour qu’ils s’entrainaient, les astronautes tombèrent sur un vieil indigène américain. L’homme leur demanda ce qu’ils fabriquaient là. Ils répondirent qu’ils faisaient partie d’une expédition de recherche qui allait bientôt partir explorer la Lune. Quand le vieil homme entendit cela, il resta quelques instants silencieux, puis demanda aux astronautes s’ils pouvaient lui faire une faveur.

« Que voulez-vous ?

  • Eh bien, fit le vieux, les gens de ma tribu croient que les esprits saints vivent sur la Lune. Je me demandais si vous pouviez leur transmettre un message important de la part des miens.
  • Et quel est le message ? » demandèrent les astronautes.

L’homme marmonna quelque chose dans son langage tribal, puis demanda aux astronautes de le répéter jusqu’à ce qu’ils l’aient parfaitement mémorisé.

  • Mais qu’est ce que ça veut dire ?
  • Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret que seuls sont autorisés à savoir notre tribu et les esprits de la Lune. De retour à leur base, les astronautes ne ménagèrent pas leurs efforts pour trouver quelqu’un qui sût parler la langue de la tribu et le prièrent de traduire le message secret. Quand ils répétèrent ce qu’ils avaient appris par cœur le traducteur partit d’un grand éclat de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, les astronautes lui demandèrent ce que cela voulait dire. L’homme expliqua. Ce qu’ils avaient méticuleusement mémorisé voulait dire : « Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venu voler vos terres ».

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec 

Pétain se fait rhabiller pour l’hiver

Bonjour la compagnie,

Parmi les hommes injustement oubliés, il y a Georges Mandel. Secrétaire et principal collaborateur de Clemenceau pendant la grande guerre, il était en 1940 ministre des colonies avec comme collaborateur un grand connaisseur de l’Extrême-Orient Le commandant Raoul Salan.

En 1940, il est partisan de la poursuite de la guerre et non d’un armistice ignominieux. Il s’adressera au général de Gaulle en ces termes le 14 juin 1940 : « Vous avez de grands devoirs à accomplir, général, mais avec l’avantage d’être au milieu de nous tous un homme intact… Ne pensez qu’a ce qui doit être fait pour la France, et songez que, le cas échéant, votre fonction actuelle pourra vous faciliter les choses ».

Quelques semaines plus tard notre général entrait dans l’Histoire.

Mandel était juif et l’extrême droite le haïssait comme elle savait le faire à cette époque. Il le lui rendait bien. Il avait emprisonné Alain Laubreaux trop engagé à son goût dans l’amitié franco-nazie et dont le principal titre de gloire sera d’avoir été rossé par Jean Marais. Scène que Truffaut évoque dans le « Dernier Métro ». Jusqu’au bout il allait lutter contre « l’esprit de débâcle ».
Le 17 juin 1940 alors qu’il soupe au « Chapon Fin » Georges Mandel est arrêté par deux officiers supérieurs de gendarmerie qui lui présentent un ordre signé du Maréchal Pétain manœuvré au demeurant par Raphaël Alibert*.

Inutile de vous dire qu’un tel événement fait du bruit dans Landerneau. Le Président de la République Albert Lebrun comme le Président de la Chambre des Députés Edouard Herriot s’en émeuvent et le Maréchal est contraint de le libérer. Au cours de l’entretien qui suivra entre le Maréchal et Mandel ce dernier le plaindra d’être à la merci de son entourage et il plaindra également la France de l’avoir choisi. Puis il exige une lettre d’excuses de Pétain que ce dernier rédige. Nous avons là un parfait exemple de la fragilité du vieil homme.
Par la suite, toujours poursuivi par la vindicte du chef de l’Etat français, il sera condamné à la prison à vie et enfermé au fort du Pourtalet, lieu absolument sinistre. Enfin ultime illustration du savoir-faire de « l’Etat Français », le 4 juillet 1944 il est livré à la milice qui l’abat trois jours plus tard de seize balles au cours d’une promenade en forêt.
Un autre homme demandait régulièrement l’exécution de Georges Mandel dans son hebdomadaire « Je suis Partout » c’est Robert Brasillach. Ce fut dit-on une des raisons pour laquelle il ne fut pas gracié par le général de Gaulle.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Donec

Raphaël ALIBERT : homme politique d’extrême droite, juriste, catholique et germanophobe il est un conseiller rapproché du Maréchal Pétain. Garde des Sceaux du gouvernement de Vichy, il a été l’initiateur du « statut des Juifs » de triste mémoire

1896 première Transat à l’aviron

Bonjour la compagnie,

Le bon moyen pour trouver gloire et richesse c’est d’accomplir un exploit !

Mais ça ne marche pas toujours.

En 1896 deux pêcheurs norvégiens émigrés aux Etats-Unis sont les premiers à tenter la traversée de l’Atlantique à l’aviron.

A cette époque l’Amérique est la « terre promise ». C’est le projet du Norvégien Franck Samuelsen, un grand gaillard athlétique qui y débarque en 1893. Son pays est alors une terre ingrate que ses habitants quittent en masse. A peine arrivé, Il se rend dans le village de pêcheurs de New Jersey au sud de New York dans l’espoir de trouver un embarquement. Il va y rencontrer son compatriote Georges Harbo, un homme râblé, puissant, moustachu à l’abondante chevelure rousse. Ce garçon possédait son brevet de capitaine et prêtait souvent main-forte aux pilotes des navires entrant à New York.

Les deux hommes ne tardent pas à devenir amis et à travailler ensemble. Pourtant Harbo rêve d’accomplir un exploit qui les rendra riches : traverser l’Atlantique à l’aviron. A cette époque le public est friand de conférences où sont relatées des aventures extraordinaires. Ce serait une balade de 3200 milles sur un des océans les plus dangereux de la planète. Mais tirer sur les avirons, ils savent faire…Ils imaginent déjà la remontée de la Seine vers Paris et une tournée triomphale des capitales européennes.

Le 6 juin 1896 la grande aventure commence. Nos amis ont longuement testé leur canot à clins baptisé « Fox » de 5.43 mètres de long pour 1.52 mètres de large. Pourtant les spectateurs qui se pressent sur le port afin d’assister au départ pensent qu’ils n’arriveront jamais nulle part.

Au cours de ce voyage rien ne leur sera épargné. Les épreuves se succèdent, allumer leur pauvre réchaud par temps frais, l’attaque de leur esquif par un énorme poisson, la cambuse qui prend feu. En plus ils ne disposent à bord d’aucune protection et souffrent du froid, de crampes, de courbatures et des brûlures su soleil. Mais en dépit de tout ils poursuivent leur effort.

Le 10 juillet une vague énorme submerge le « Fox » qui se retourne. Heureusement les deux amis sont parés à faire face à une telle situation, ils redressent le skiff mais ont perdu la moitié des vivres et leur ancre flottante. Pendant que l’un écope, l’autre manœuvre l’embarcation pour faire face aux vagues déferlantes. Heureusement les vents d’ouest les poussent désormais vers l’Europe. Le 15 juillet ils ont la chance de croiser un grand voilier norvégien qui les requinque et leur fournit des vivres.

Le premier aout, ils atteignent le feu de Bishop Rock au large des îles Scilly à une vingtaine de nautiques des côtes de Cornouaille. C’est complètement hébétés par ces deux mois en mer que nos amis entrent dans le Port- Sainte-Marie.

Le 7 aout ils sont au Havre accueillis par des milliers de spectateurs, leur « Fox » arborant une bannière étoilée en lambeaux.

Malheureusement leur espoir de faire fortune est vite déçu, leur tournée européenne leur permettra simplement d’assurer leurs frais.

Georges Harbo reprendra alors son métier de pêcheur et mourra d’une pneumonie à 43 ans. Quand à son compagnon Samuelsen, il tourne définitivement le dos à la mer et reprend la ferme paternelle. Homme taciturne il ne parlera jamais de cet exploit à son petit-fils. Il disparaîtra en 1946 à soixante-quinze ans.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

Ps : merci au « Chasse-Marée « de m’avoir fourni l’anecdote