Le grand Thimonnier !

Bonjour la compagnie,

Les dictateurs de la pire espèce ont ceci de fascinant, ils disposent toujours de laudateurs qui crient au génie. Bien entendu pendant ce temps les morts s’accumulent dans les charniers. Mao en est un excellent exemple. L’ineffable Simone de Beauvoir, égérie de Jean-Paul Sartre chantait le dictateur fou alors qu’elle n’avait pas de mots assez durs pour accabler le général De Gaulle.

Penchons-nous donc sur cet empereur de Chine dont le portrait décore toujours les lieux de pouvoir du pays.

Le projet de Mao était de redonner à la Chine son lustre d’antan mais les moyens employés vont plus tenir du père Ubu que du politique responsable. A l’image de tous les dictateurs de l’Histoire il a bien compris que le « savoir dire » compte plus que le « savoir faire ». Il va s’y employer avec un art consommé. Nous sommes à la fin des années cinquante, la guerre civile vient de s’achever, il est seul maître à bord.

Après une vague redistribution des terres aux paysans qui composent quatre vingt quinze pour cent du peuple, il va tous les embrigader dans des communes populaires. Là, ceux qui possédaient quelques instruments agricoles sont immédiatement jetés à la vindicte de la population qui leur fait immédiatement regretter d’appartenir à la bourgeoisie capitaliste.

La Chine se barricade et le monde entier la rejette. Elle ne trouve un peu de réconfort qu’auprès du grand Maréchal Staline autre satrape rouge. Il détache ingénieurs et techniciens pour bâtir des conglomérats gigantesques. Mao méprise les Russes mais il est contraint de boire le calice jusqu’à la lie. Les succès spatiaux soviétiques qui narguent les Américains ne faisant que blesser un peu plus son orgueil.

Le « grand timonier » décide alors d’égaler l’URSS en dix ans et pour commencer de doubler en cinq ans sa production d’acier. Il met alors en place une folie, « le Grand Bon en avant ». La masse paysanne va abandonner ses champs pour construire de mini-aciéries partout dans le pays. Elle y fondra les objets du quotidien : bassines, ciseaux et outils. C’est l’échec, le métal produit est inutilisable. En plus aux cultures délaissées s’ajoute une mauvaise météo, La famine s’installe et les victimes se comptent par millions.

Mao doit alors abandonner sa présidence mais conserve la direction du parti communiste, le vrai pouvoir. C’est à ce poste qu’il va lancer la « Révolution culturelle » destinée à faire de la Chine la référence mondiale en matière de Révolution. Les gardes rouges, l’aile marchante de la jeunesse, seront son bras armé contre les tièdes et les bourgeois qui infestent le parti communiste. Ils brandissent « le petit livre rouge » recueil des pensées du père Ubu. Ils vont comme dans la chanson « du passé faire table rase ». Les conséquences sont abominables.

Le plus grand chaos règne désormais en Chine où le peuple souffre de cette marche forcée vers la misère. Les productions agricole et industrielle se sont effondrées et la famine revient. Pourtant Mao a tout lieu d’être satisfait, il a atteint son but. Tout ce que compte l’Occident d’étudiants exaltés se reconnaît en lui. Il devient une icône Pop. Nos « Nouveaux Philosophes » lui emboitent le pas et Jean-Paul Sartre exulte. La Révolution Culturelle a remis les pendules de l’Occident à l’heure, mais à quel prix ?

En 1971, Simon Leys publie « les habits neuf de l’empereur » ouvrage où il détaille cette magnifique page de l’histoire chinoise vue de l’intérieur. Le livre est aussitôt victime d’un autodafé à la faculté gauchiste de Vincennes siège de tous les gourous français donneurs de leçon.

Pour conclure le relèvement de la Chine se produira à la mort du dictateur sous la houlette de Deng Xiaoping mais l’Immortel restera le prédateur en chef…Mao

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

Le paysan et le gentilhomme

Bonjour la compagnie,

Dès son plus jeune âge Winston Churchill rêva de parcourir le monde en faisant son possible pour chatouiller la camarde sous le menton. Il y réussit plutôt bien. Il commença jeune, ainsi vers huit ou neuf ans, il manqua de se noyer en s’aventurant dans un lac marécageux du côté de Mochfield en Ecosse. Il aurait été englouti si un paysan du voisinage, père de huit enfants ne l’avait sorti de ce mauvais pas.

Le lendemain du sauvetage le père de Churchill se présenta en grand équipage devant la chaumière et demanda au pauvre homme qui s’appelait Fleming le moyen de lui venir en aide après cette belle action. Comment pouvait t-il le remercier ?

Celui-ci répondit qu’il n’avait besoin de rien et que venir en aide à son prochain, qui plus est un enfant était une chose des plus naturelles. Cela ne méritait aucune considération particulière. Le père de Churchill, Randolph voyant entrer le fils de la maison, de l’âge de Winston, lui fit la proposition suivante.

« Je vais offrir à votre fils le même niveau d’éducation qu’au mien ! ». Il tint parole et le fils Fleming fit ses études dans les meilleurs établissements britanniques et fut diplômé de l’hôpital Sainte-Marie de Londres. En 1927 son prestige ne connut plus de limites, il avait découvert la pénicilline. Il était devenu Sir Alexander Fleming.

Sir Winston Churchill et Sir Alexander Fleming restèrent amis toute leur vie et reposent tous deux dans le même cimetière londonien.

A bientôt pour de nouvelles aventures.
Donec 

Autopsie d’un crash

Bonjour la compagnie,

Le transport aérien est aujourd’hui extrêmement sûr. Il est même souvent nécessaire de donner un petit coup de missile pour que l’avion s’écrase. Nos amis russes ou iraniens maîtrisent parfaitement le sujet.

Il n’en était pas de même dans les années cinquante où les Dakota et autres SE161 Languedoc  n’hésitaient jamais à écrabouiller leurs passagers.

Ainsi le 3 mars 1952 le Languedoc d’Air France de la ligne Nice-Paris est venu terminer sa course (et celle de ses passagers) dans une orangeraie à deux pas de l’avenue Saint-Augustin non sans avoir rasé le palmier qui ornait la cour de mon immeuble niçois.

Le SNACASO Languedoc  était une de ces machines conçues à la veille de la guerre et passablement dépassées en 1946. Pourtant afin d’entretenir la capacité de production de notre industrie aéronautique une chaîne de montage fut relancée en 1945. Sa mise en service souffrit de maux récurrents dont la fragilité du train d’atterrissage n’était pas le moindre. Quand on connait la modernité du matériel américain de cette époque on se doute que le Languedoc était difficilement vendable. L’Etat l’imposa donc à des compagnies sur lesquelles il avait la main, à commencer par Air France qui le destina à des lignes intérieures. Mais son remplacement par des Douglas DC4 ne tarda pas.

Le 3 mars au matin notre Languedoc décolle de l’aéroport de Nice mais au lieu de poursuivre vers la baie de Anges, il vire sur les collines, survole le quartier de la Madeleine et va s’écraser dans l’orangeraie tout à côté des studios de la Victorine. Une explosion formidable retentit et immédiatement l’avion se transforme en brasier. Il est 9h05. Des 38 passagers et de l’équipage il n’y a qu’une seule survivante, atrocement brûlée, la danseuse classique Marguerite Delpy. Comble de malchance l’ambulance qui la transportait se renverse rue Notre Dame faisant deux autres blessés graves.
Il s’avéra après enquête que la cause du drame était un aileron défectueux.

Parmi les miraculés qui ont eu la bonne idée de rater l’avion, il y a le prestigieux général Corniglion-Molinier, compagnon de la libération et ci-devant député des Alpes-Maritimes. Il avait été refusé à l’embarquement faute de place.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Donec

Hoche fait des siennes

Bonjour la compagnie,

Les projets insensés ont toujours titillé l’imaginaire romantique des Français. L’un d’eux particulièrement utopique fut élaboré en 1796 : envahir l’Angleterre à partir de l’Irlande.

Pendant la période révolutionnaire les anglais venaient en aide à tous les mouvements qui pouvaient affaiblir la France à commencer par l’insurrection vendéenne dont ils attisaient les flammes. Le général Hoche, un de ces enfants de la révolution qui parti de rien aspirait aux plus hautes fonctions eu l’idée d’une expédition en Irlande et sur les côtes du pays de Galles pour prendre ainsi les Britanniques à revers.

La « Force Noire » est constituée de trois groupes qui embarquent à Brest. Le premier, le plus important se dirige vers l’Irlande où la population catholique est la plus antibritannique qui soit. Les deux autres groupes sont composés d’une troupe hétéroclite, indisciplinée, ramassée dans les bas-fonds de Marseille. Ils débarqueront au pays de Galles à Fishguard. Leur rôle sera d’attirer l’attention des Anglais pendant que ceux d’Irlande procèderont à une levée en masse et se prépareront à envahir la Grande-Bretagne.

Mais au débarquement rien ne se passe comme prévu. La troupe des marseillais de sac et de corde pille les villages voisins. Les autres, commandés par un Irlando-américain, William Tate, va se colleter avec des milices britanniques, des marins et la population. Le costume féminin des paysannes de la région comportait une jupe noire, un châle rouge et un haut-de-forme. Quand les Français les voient apparaitre au sommet des collines, ils croient que ce sont des « redcoats », soldats d’élite britanniques. Ce qui explique la défaite, leur fuite et leur capture… D’autant que les bâtiments qui les ont débarqués sont partis sans demander leur reste.
Qu’en à la petite flotte qui fait route vers les côtes irlandaises, elle va être victime d’une terrible tempête qui la dispersera et contraindra les rescapés à rebrousser chemin.

La déroute est consommée.

Ajoutons quand même une petite note jubilatoire à cet échec douloureux. Les hommes de Tate sont faits prisonniers et enfermés à Pembroke. Ils sont ravitaillés par deux jeunes filles. Naturellement deux officiers français, vous savez comment ils sont, parviendront à les séduire et à s’enfuir avec elles. Les donzelles ayant tout prévu, ils embarquent sur un Yacht, propriété du seigneur local. La tête des traitresses est mise à prix et tout ce qui flotte dans les environs part à leur poursuite. Les amoureux abandonnent alors le Yacht pour un sloop qui faisait route vers saint Malo.
Le yacht alla se fracasser sur les rochers mettant ainsi fin aux recherches.
Epilogue heureux, les deux belles Galloise épousèrent leurs chers « frenchies ».
A bientôt pour de nouvelles aventures.

Donec

PS : merci à John qui m’a fourni l’anecdote

Nous venons d’apprendre la disparition du grand dessinateur PIEM le jour de ses 97 ans.

Nous nous souvenons tous, téléspectateurs d’autrefois, fidèle au « Petit Rapporteur » de son humour passablement corrosif dont a hérité d’ailleurs son fils Barrigue.

Il fut aussi un invité fidèle au festival Trait d’Humour de Saint Jean Cap Ferrat. Je joins une photo de son ultime passage sur la péninsule.
A Thierry Barrigue, son fils, nous présentons nos sincères condoléances.

Des gros malins ce Français

Bonjour la Compagnie,

SIMCA fut une marque française pleine de fantaisie, créée par Henry-Theodore Pigozzi en 1934 pour construire des Fiat sur notre sol.

Dans les années 50, l’environnement automobile français est assez triste. Les austères Peugeot, les pétaradantes et fragiles Panhard, les incertaines Renault sans oublier les fantasques Citroën, font de Simca une marque un peu à part. Elle nous proposait la joie de vivre à l’italienne. Qui ne se souvient de la Simca Sport, de l’Ariane, de l’Aronde, du coupé 1200 S et de la P60 Montlhéry.

En 1963 les choses se gâtent pour Pigozzi quand le nouvel actionnaire, la marque Chrysler le licencie sans ménagement. Le chagrin fera disparaître notre ami quelques mois plus tard. Ayant la barre bien en mains les américains avec une incompétence qui force l’admiration vont s’employer à faire « couler » la boîte. Pourtant lorsque l’état major américain débarquait à Poissy, ils faisaient sentir aux Français qu’ils n’étaient qu’une filiale dispendieuse. Ils fouinaient partout, prompts à la critique.

Pourtant l’état-major de Simca va de l’avant et prépare discrètement de nouveaux modèles. Il a installé en douce un atelier de pré-production. C’est un outil révolutionnaire qui permet de lancer des avant-séries pour régler les difficultés de fabrication. Seuls les Japonais possèdent une telle installation. Vous imaginez bien que tout a été financé avec des queues de budget dans le plus grand secret.

Les Américains de Chrysler viennent régulièrement inspecter leur usine avec un regard soupçonneux concernant ces Français roublards et à l’esprit tordu. Pourtant nos compatriotes ne ménagent pas la qualité de leur accueil, ils mettent les petits plats dans les grands. Le whiskey et le champagne coulent à flot. Ce jour-là les patrons doivent reprendre l’avion dans l’après-midi, les bagages sont entassés dans le bureau du directeur. Ils s’apprêtent à honorer la gastronomie française. Pourtant le matin ils étaient passés devant l’atelier de « pré-production » sans trop comprendre l’utilité du bâtiment. Ce mystère pousse le responsable de la délégation à prendre force photos qui illustreront son enquête.

Dans le brouhaha du départ et des libations apéritives le directeur français chuchote quelques mots à sa secrétaire. Quand tout ce beau monde est parti au restaurant celle-ci interpelle une collègue et avec mille précautions se dirigent, armées d’un coupe-papier vers le bureau où les bagages sont stockés. Elles se saisissent de l’attaché-case qu’on leur a indiqué et le forcent sans autre forme de procès. Elles n’ont plus qu’à prendre l’appareil photo, l’ouvrir, voiler la pellicule et tout refermer. Le tour est joué et l’atelier de pré-production sauvé pour un temps.

Elles s’en iront ensuite avertir discrètement leur directeur de la réussite de leur mission et de la disparition des preuves concernant l’atelier clandestin.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

Cette semaine « dessins sauveteurs »

La bataille de l’Authion

‌Bonjour la compagnie,

Il y a 75 ans, en avril 1945, avait lieu au sud des Alpes, dans le massif de l’Authion à quelques encâblures de Nice l’ultime affrontement de la guerre. L’affrontement débute le 10 avril 1945. Pourtant le Rhin avait été franchi le 24 mars et le 30 avril Hitler mettait fin à son aventure criminelle. Les carottes étaient cuites. Quel intérêt cette ultime bataille ces morts inutiles ? Qu’allait chercher le Général de Gaulle dans cette aventure sachant que les Alliés ne voulaient pas modifier les frontières alpines pour complaire au nouveau maître de l’Italie, le Maréchal Badoglio.
Outre Tende et la Brigue, je soupçonnais le général de s’intéresser avec insistance aux vallées piémontaises. N’a-t-il pas déclaré aux cadres de l’armée réunis à Beaulieu-sur Mer le 9 avril 1945: « Messieurs je suis au courant des sacrifices que je vous demande. La campagne qui s’ouvre sera pénible, je le sais. Elle vous ouvrira les portes du Piémont et vous conduira au Tyrol … Nous voulons reconquérir les frontières naturelles de notre pays. J’ai confié cette mission à la 1ère D.F.L. Demain vous allez attaquer, Bonne Chance. »
Pourquoi cette prestigieuse 1ere D.F.L. va-t4elle s’engager dans un tel combat, mal équipée, alors que son aventure prestigieuse la destinait à investir l’Allemagne.
Les cadres de la division sont amers et accusent le général De Lattre de Tassigny de s’être débarrassé d’eux à bon compte tout comme la 2ème DB envoyée soumettre la poche de Royan. Le fringant général leur reprochait d’être d’origine F.F.L.
 Cela dit le 10 avril les Français passent à l’offensive. Il est quatre heures du matin, nos soldats sont en tenue allégée, musette contenant un chandail, leurs munitions, les boîtes de ration « K ». Le pire de tout ce sont les chaussures à semelles de caoutchouc lisse inadaptées à la montagne.
 Vont suivre jusqu’au 26 avril une succession de combats souvent meurtriers où nos marins vont se distinguer. A l’initiative du capitaine de corvette Roger Barberot nous avons déployé dans cette « montagne à vaches » de petits chars américains « Stuart » dont l’efficacité ne sera pas à démontrer.
Malheureusement pour nous après tant de sacrifices, le 29 avril la route de Turin nous était fermée par les alliés qui eux entrèrent en vainqueur dans la capitale du Piémont. La D.F.L. ne quitta pas la France. Quant à Tende et la Brigue dont la population plébiscitait un rattachement à la France elle dut encore attendre deux ans.
Concernant nos marins, un monument a été érigé par la F.A.M.M.A.C* en 1962 sur la commune de Breil-sur-Roya. Le 2 octobre prochain nous monterons en délégation pour saluer la mémoire de nos braves.
La veille le jeudi 1er octobre aura eu lieu une conférence   sur les évènements de 1945 par le professeur Panicacci, salle de la maison des associations, place Garibaldi à 14 :00.
A bientôt pour de nouvelles aventures
Donec
F.A.M.M.A.C . : fédération des marins et marins anciens combattants

et l’Histoire vous prend au collet

  ‌Bonjour la compagnie,

Il est des moments dans la vie où il convient de ne pas faire les malins et de montrer une certaine souplesse surtout si l’on est dans son droit, bref la réalité doit être prise en compte. Pour illustrer mon propos je vais évoquer l’aventure de Marcel N..

Nous sommes en juin 1944 et il prend avec sa femme et ses deux enfants des vacances dans une petite ferme, à Engin près de Grenoble. Le village est en bordure du massif du Vercors, lieu comme chacun sait infesté de maquisards. Les Allemands de leur côté font la chasse aux jeunes qu’ils voudraient voir participer avec plus de passion à l’effort de guerre du Reich. Ils multiplient les rafles. On apprend à l’université de Grenoble qu’une colonne de la Wehrmacht après avoir détruit les maquis des Glières fait mouvement vers Chambéry pour faire subir le même sort à celui du Vercors.

De jeunes étudiantes sont alors envoyées à Engins pour mettre en garde la population et en particulier ceux des jeunes qui souhaitent échapper au STO*. L’alerte est donnée, les hommes doivent filer sans demander leur reste. Tous ceux qui sont en âge d’être arrêtés disparaissent sauf Marcel N.

Il n’est pas un terroriste, il n’a rien à craindre, ses papiers ont en règle. Il ne bougera pas malgré les objurgations de la messagère venue de Grenoble.

Quand le lendemain les Allemands surgissent dans la maison, il est là avec sa famille. Il leur raconte qu’il est de Grenoble, qu’il n’est pas un terroriste, qu’il est en vacances. Comme il parle un peu leur langue les Allemands l’écoutent mais l’emmènent pour vérification. Il ne reviendra pas et sera déporté. Il a voulu se soustraire à l’Histoire faire comme si la vie continuait comme avant mais celle-ci l’a rattrapé.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Donec

STO : service du travail obligatoire
Et merci à Marc Ferro qui nous a fourni l’anecdote

Avoir la baraka

‌Bonjour la compagnie,

En 1962 la blessure que furent pour le peuple Pied-noir les « accords d’Evian » n’est pas prête de se refermer et certaines figures fanatiques ne vont pas manquer de le faire savoir au général de Gaulle sans prendre de gants.

A l’été 1962 le mal est fait et les dés jetés. Le général qui regardait loin au-dessus des têtes est tout à l’idée de propulser notre pays dans son rêve de grandeur, de la « force de frappe » à la construction de l’Europe. Pourtant tapis dans l’ombre et armés jusqu’aux dents, les nostalgiques de l’Empire guettaient. Ils reprochaient au général l’oubli de ses promesses et son « je vous ai compris ! »

Le colonel Jean Bastien-Thiry, homme brillant et scientifique de haut niveau avait une passion pour l’Algérie, son potentiel et la folie que représentait pour lui cet abandon. En cet été 1962 l’homme qui personnifie cette tragédie c’est Charles De Gaulle. Il doit payer le prix de ce renoncement.

Jean Bastien-Thiry sera la main de Dieu et elle frappera le 22 août 1962.

L’attentat est remarquablement organisé avec, cerise sur le gâteau une « taupe » à l’Elysée qui renseigne « les argousins d’Argoud » comme l’écrira le Canard Enchainé, sur les allées et venues du chef de l’Etat. Pourtant dans la réalisation des grains de sables viendront perturber son déroulement. Ce seront des signaux que la tombée du jour empêche d’apercevoir, des hommes qui se dégourdissent les jambes et retardent l’action. Sans oublier la chance insolente du général qui passe à travers les balles. Les victimes sont aussi servies par la conception de la DS Citroën qui avec deux pneus crevés conserve, imperturbable, sa trajectoire. A cet instant le général a dû se croire immortel.

De tous les protagonistes de l’affaire, seul le cerveau, le colonel Jean Bastien-Thiry sera passé par les armes devenant ipso facto le martyr de la cause auquel sa « famille » vouera un culte éternel.

Les années ont passées et aujourd’hui nos chères têtes blondes ne connaissent plus, à l’instar des élèves du lycée Papillon cher à Ray Ventura, ni De Gaulle, ni Vercingétorix, ni Napoléon pas plus que l’Algérie, L’Indochine et quelques autres contrées ingrates.

A bientôt pour la suite de nos aventures

Donec

3 juillet 1940, sur la plage arrière du Strasbourg

Bonjour la compagnie,

Cette journée du 3 juillet 1940, il y aura 80 ans aujourd’hui, fut un jour maudit pour notre pays qui déjà vaincu par Hitler et ses comparses, est en plus victime de la perfidie anglaise. 

Plutôt que de me lamenter sur l’attitude peu amicale des Youms, comme dit le premier maître de manœuvre Ogor, je vous envoie sur la plage arrière du Strasbourg vous immerger dans l’atmosphère qui régnait quelques minutes avant l’attaque.

Je rappelle aux biffins qui nous entourent que le cuirassé Strasbourg, commandé par la capitaine de vaisseau Collinet, à la première salve anglaise, toutes amarres arrachées, se propulse à pleine puissance vers la sortie du port et franchit les passes. Les Anglais ne le reverront plus.
En attendant, je vous laisse découvrir le portrait attachant du premier maître Ogor.

A la semaine prochaine

Donec

Mers el Kebir 3 juillet 1940

Sur le Strasbourg le premier maître de manœuvre Ogor, breton trapu, de petite taille et au langage coloré converse avec le capitaine de corvette Geli. Il est 13 :30.

« Les gabiers en ont mis un coup, tout est fini. Ce n’est pas encore nous qui serons les derniers. Les canonniers qui sont marins comme mes bottes peuvent venir en prendre de la graine. D’ailleurs, on rencontre toujours des lascars de cette race à flâner sur les ponts. C’est à croire, mais passons, je me comprends. Bref, Commandant, nous sommes prêts à toute éventualité, pendant qu’ils causent. Encore que je voudrais bien savoir ce qu’ils entendent par là !  Des événements historiques lui dis-je en riant. »

« Ouais, murmure Ogor, il est difficile d’être prophète ». Puis se retournant vers ses gabiers. « Alors les gars, on profite que je cause pour souffler un peu, les mains où je pense. Remuez-vous au lieu de rester là, plantés comme un grand mât à sec de toile. »

« Patron, regardez les avions ». Tous se retournent, venant de l’Est, 5 biplans, des Swordfish, à très basse altitude, lâchent dans la passe des masses noirâtres qui amerrissent dans des gerbes d’éclaboussures. Alors qu’ils repartent, chacun les suit des yeux avec une angoisse indéfinissable.

« Qu’en pensez-vous Commandant ? » interroge Ogor. « Ce sont des mines magnétiques, les Anglais espèrent nous interdire la sortie vers le large, sous peine de sauter au passage sur ces engins, ça promet ! »

« Gast ricane le bosco, mon pauvre père avait bien raison de dire qu’il n’était pas Dieu possible, dans quel port  qu’on aille, trouver plus salopards que ces damnas British. Je le confirmerai à mes enfants. N’empêche qu’on les emmouscaille ces Youms. » Cette péroraison se termine dans l’approbation  générale des gabiers présents.

Je les quitte il est 13h40.

14h15. Le travail reprend avec entrain. Les opérations sur la plage avant sont effectuées en un temps record, j’en profite pour faire signe au commandant présent à la passerelle pour lui dire que tout est paré. J’apprends par téléphone que les aussières de 175 mm en fil d’acier de la plage arrière ont été découpées au chalumeau. Rien ne peut empêcher le Strasbourg d’appareiller instantanément. Un petit coup de marteau sur la clavette à chaque bosse, et les chaînes de l’avant tomberont à la mer, deux ou trois coups de hache sur l’abaca à l’arrière pour les couper et en avant les machines vers la sortie !

Satisfait je me frotte les mains, je garde avec moi sur le pont le bosco et un gabier et renvoie les autres à leurs postes de combat.

« Et tâchez voir de vous débrouiller dans les fonds, tous tant que vous êtes », exhorte Ogor.

« Et pourquoi on ne se débrouillerait pas, patron, riposte un des interpellés. Je suis à l’équipe de sécurité du milieu, et je n’ai rien à foutre d’ordinaire. »

« Je me demande dit Ogor, ce que vient faire derrière ce couyambouc de remorqueur ? Je le vois manoeuvrailler depuis un moment, à se demander où il veut en venir. »

« Il va s’amarrer à la jetée près de la Bretagne. »

« Ca vaut mieux grogne le bosco. Je connais le patron de ce rafiot, un type qui veut toujours faire l’important et l’indispensable, un enquiquineur avec ça, un vrai caillou dans le soulier. »

S’adressant alors au gabier : « Alors quoi, tu ne vois pas que tu as lissé une barre à la traîne sur le pont. Ramasse-la et fiche-la en soute. Bon Dieu il faut tout te dire. »

« C’est formidable d’entendre une chose pareille. Vas-tu faire ce que je dis oui ou non ? » Le gabier s’exécute. Le silence se fait à nouveau. L’inaction est de plus en plus insupportable.

Les contre torpilleurs appareillent de leur mouillage de Saint-André.

« Ce sont tout de même de beau yachts » estime Ogor.

« Peut-être persiffle le gabier. J’ai des copains à bord, et d’après ce qu’ils disent, moi je préfère le bidel du Strasbourg. »

« Misère de moi s’écrit Ogor, je parie que c’est ce grand voyou de Lagadec, ton pays qui t’a bourré le crâne. Je connais son père et je lui en toucherai deux mots à la prochaine perme. »

« Allons dis-je au gabier, je ne savais pas que vous aviez une telle estime pour notre capitaine d’armes. Quand il le saura il sera ravi. »

Entre temps le Mogador est allé mouiller près de la porte du filet. Le Volta suivit d’un bâtiment du même type plus petit fait demi-tour et reprend son ancien poste.

« Qu’est ce que ça veut dire, raille le bosco ? C’est sans doute de la stratégie comme ils disent et de la haute. »

Un des destroyers anglais est stoppé au large. Une vedette s’en détache, du Dunkerque aussi. La vedette française passe à quelque mètre de nous. On y distingue le lieutenant de vaisseau Dufay en conversation avec les officiers britanniques.

« Ils ont un veston aussi blanc que leur âme est noire. » grommelle Ogor. Le gabier fredonne, lui, l’air à la mode de Rina Ketty « Sombreros et Mantilles », l’équipage a été mis, en effet, au repos aux postes de combat. Un casse-croûte va être distribué. Il est 15h40.

« Vous avez raison, Patron, plaisante le gabier. La barre d’onspect, il se peut fort bien qu’on s’en serve encore pour remailler les chaînes. »

« Doucement mon gars, réplique le bosco, ce n’est pas sûr que d’ici ce soir tu n’aies pas l’occasion d’avoir la trouille. »

Après un passage en passerelle je retourne à mon poste. En passant, je prends avec moi le quartier maître de manœuvre Le Saint. C’est un véritable acrobate, qualité précieuse en cas d’incidents imprévus. Je retrouve Ogor et son gabier cassant la croûte avec application, calmement, posément, comme s’ils accomplissaient un sacerdoce.

« Un sandwich au pâté commandant » propose le bosco « bien volontiers, et merci. »

« Et toi Le Saint ? Tu n’as rien à manger à ton poste de combat ? »

« Non je suis arrivé en retard pour la distribution et le commis n’a pas voulu me servir. »

« Ca ne m’étonne pas de ce lascar. Même si tu lui demandes l’heure, il ne te la donne pas. Tiens mange… »

« Moi opine le gabier je saucissonne toujours avec plaisir. »

« Tu as raison approuve Ogor » la bouche pleine, « alors commandant, vous nous amenez du renfort. Comme ça nous serons quatre, comme dans les Trois Mousquetaires, le roman de Victor Hugo. »

Chacun se réconforte sans plus rien dire. L’attente commence.

« Ah, Messieurs les Officiers de sa Gracieuse Majesté nous quittent » ricane Ogor au moment où la vedette se dirige vers la passe. Il est 17h40. « Je me demande se qu’ils vont aller demander à leur patron » murmure le gabier.

Haut et loin, les avions de l’Ark Royal patrouillent. Le destroyer anglais est toujours stoppé au large de la jetée. A terre la fumée des briqueteries de Saint –André monte droit dans le ciel. La nature est calme et sereine. Le fort de Santa-Cruz se silhouette sur un fond bleu. Soudain les haut parleurs éructent « Branle-bas de combat ». Nous nous regardons sans rien dire. Ogor ôte sa casquette et d’un revers de main essuie la sueur qui perle sur son front. Le Saint jette à la mer un mégot éteint. Tous quatre se rapprochent des bosses qui retiennent les chaînes sur le pont, le dénouement est proche.

Témoignage de l’amiral B. Geli

Crash d’un Laté 298 en pays Cathare

Bonjour la compagnie,

Je suppose que nous connaissons tous Montségur où le 16 mars 1244 les Cathares qui ne voulurent pas renier leur foi finirent sur un bûcher judicieusement allumé par Hugues des Arcis sénéchal de Carcassone.

Quelques connaisseurs du monde des pingouins se souviennent du Latécoère 298 qui équipait certaines unités de l’aéronautique navale en 1939. Hydravions à flotteurs leur monographie fut rédigée par l’ami Lucien Morareau. A la déclaration de guerre les pilotes intervinrent avec un grand courage dans des missions qui n’étaient pas faites pour ce type d’appareil.

En revanche personne ne se souvient aujourd’hui du second-maître pilote André Sébire qui laissa sa vie au pied de cette montagne aux commandes du Latécoère. Nous étions le 19 juin 1940.

Il avait été affecté à la garnison de Dakar au début de 1939. Il s’y retrouva second pilote du Bréguet « Bizerte » De L’Orza, hydravion à longue portée. Après la déclaration de guerre, l’avion fut convoyé vers la France et se posa à Biscarosse le 28 mai 1940. En ces jours de chaos Sébire tournait en rond sur la base. Les avions sortant d’usine étaient confiés aux navigants présents en les invitant à fuir vers le sud. Notre second-maître sauta sur l’opportunité et embarqua avec lui son ami le maître arrimeur volant Jules Lemoine. Tous deux décollèrent de Biscarosse le 19 juin par un temps de chien sous des nuées orageuses et des bourrasques. Le crash se produira sur le flanc de la montagne de Montségur pour des raisons inconnues. Outre le temps exécrable, l’appareil était neuf et le pilote découvrait cette machine, toutes ces causes peuvent être les raisons du drame.

Les lieux de l’accident étant passablement inaccessibles, l’épave ne fut découverte qu’au mois de novembre suivant par des réfugiés espagnols.

En 2012 une équipe de chercheurs se rendit à Montségur. Avec beaucoup d’émotion ils retrouvèrent de nombreux vestiges du Laté 298 qui furent remis à Marie-Vincente Latécoère présidente de la fondation Latécoère.

A bientôt pour la suite de nos aventures

Donec