Forcer le destin

capitaine d armes3marine par hasardBonjour la compagnie,

Echapper à la Grande Faucheuse tient souvent du hasard, mais parfois aussi de l’intelligence et de l’observation, en voici deux exemples.

Le matelot LUX était un mauvais sujet. Solide gaillard, il ne manquait jamais d’aller chercher pouilles à tout gradé passant à sa portée. Ni les sakos, ni la patrouille maritime ne lui faisaient peur. Dès qu’une occasion se présentait il honorait Bacchus. En 1939 il embarqua sur le croiseur mouilleur de mines « Pluton ». Le 13 septembre notre matelot ayant eu la veille un problème relationnel avec la gendarmerie maritime purgeait quelques heures de chibi dans une cellule de la prison du port. A 10 : 40 exactement une mine située entre le mât et la cheminée arrière du « Pluton » explose entraînant la mise à feu de toutes les autres mines et détruisant le bâtiment. Il y aura plus de 200 morts et une centaine de blessés. La mauvaise conduite de LUX lui a sauvé la vie. Voilà un bel exemple de chance insolente.

En 1943 le sculpteur américain Alexandre Calder et sa femme sonnent à la porte du docteur Petiot, 21 rue Lesueur dans le XVIème arrondissement de Paris. Madame Calder est médecin, elle est aussi américaine et juive, deux raisons de quitter Paris occupé. Grâce à ses relations, Petiot se fait fort de procurer au couple de faux passeports et un passage pour l’Amérique du Sud. Comme aux autres candidats au départ, il conseille de coudre devises et bijoux dans la doublure des vêtements et de n’emporter qu’un léger bagage. Au jour dit, le couple n’aura qu’à se présenter à son cabinet, Petiot se charge du reste. C’est alors que le docteur s’absente pour aller chercher des formulaires à remplir.

Madame Calder se lève d’un bond, « Fuyons au plus vite, » dit-elle à son mari qui n’en voit pas l’utilité. Tout ne se présente t-il pas pour le mieux ?
Sur le trottoir elle rappelle à son mari que Petiot se prétend chirurgien. Alexandre a-t-il fait attention à ses ongles. Ils sont noirs de crasse. Jamais un chirurgien ne se négligerait à ce point, même s’il n’exerçe plus, explique t’elle.

A cette date, vingt-sept personnes toutes candidates au départ avaient été dépouillées de leurs biens dissimulés dans leurs vêtements. Les victimes avaient été préalablement assassinées dans le cabinet de la rue Lesueur et incinérées par le prétendu chirurgien dans son poêle à charbon.

Voilà un bel exemple de prémonition et d’observation intelligente.

A la semaine prochaine

Donec

Grandeur et décadence d’une vedette de sauvetage

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Salut la compagnie,

Vous connaissez tous le beau magazine que fut « Cols Bleus » qui traînait partout dans les postes ou dans les chambres et que nous feuilletions distraitement. Aujourd’hui les anciens numéros prennent une valeur exceptionnelle car ils racontent notre histoire.

Un ami m’ayant fait cadeau d’une collection des années 80 je les redécouvre avec délectation.

Dans le numéro 1678 du 3 octobre 1981, il y a tout juste 37 ans, un article que vous trouverez en pièce jointe s’intitule « une vedette de sauvetage pour le musée naval de Balaguier ». Il s’agissait de l’ancienne vedette de sauvetage en mer de Cannes « Notre Dame du Bon Port II » destinée à couler des jours heureux dans ce petit coin de paradis.

Malheureusement il n’en fut rien. La négligence coupable des responsables du musée et la ruine de la ville de La Seyne allaient précipiter la dégradation de cette belle machine. Voilà le résultat 30 ans plus tard (photo « Notre Dame du Bon Port »).

La ville de la Seyne, jadis florissante était tombée dans la débine après la fermeture des chantiers navals. Elle n’a pas su ou pu préserver son patrimoine.

Tout cela montre clairement qu’une économie vacillante et en déclin entraîne le malheur de tous. Ce ne sont pas les cris, les vociférations, les manifestations drapeaux en tête et les slogans comminatoires qui peuvent mettre fin à la chute.

Ce sont les sacrifices et les manches retroussées. Bref du sang, de la sueur et des larmes comme dirait le Vieux Lion.

Voilà ce que m’a inspiré cette pauvre embarcation aujourd’hui disparue.
col bleu 3 10 1981
don de l amiral Aman notre dame du bon port 1 notre dame du bon port 2 notre dame du bon port 3

A la semaine prochaine

Donec

RAPPEL : vous avez bien noté que samedi 13 (et non pas vendredi 12 comme annoncé précédemment ) nous nous retrouvons à la salle Neptune sur le port de Saint Jean Cap Ferrat à 17 :00 pour le vernissage de l’exposition “Trait d’Humour “notre rendez -vous avec les dessinateurs de presse. Mais sachez que tout le week-end vous pourrez nous rendre visite.

Argot baille

pour le mousse second porte avionsSalut la compagnie,

A l’aube des années 1960 le premier achat du jeune bordache afin de s’immerger avec éclat dans l’univers forcément salé du Poulmic était le « Coindreau ». Il se rendit donc à la librairie de la Cité, chez Pierre Le Bris rue de Siam pour acquérir « l’Argot Baille » ouvrage incontournable et riche de toutes les traditions de l’Ecole Navale.

Il convenait de faire évoluer le concept et c’est JeuMeu, alias Joseph de Miribel qui s’y est collé en faisant un remarquable travail de linguiste. Le sens de l’humour est par ailleurs présent à chaque page. Il a rédigé un ouvrage absolument passionnant que vous ne manquerez pas de placer dans votre bibliothèque à côté du « vieux » Coindreau après l’avoir relu trois fois.

J’en extrais deux perles, juste pour le fun :

Que fit Monsieur d’Aurribeau ?
Trois virements de bord consécutifs ayant successivement échoué, au large des côtes de la Nouvelle-Calédonie, qu’un quatrième vînt à manquer et c’en était fait de la Recherche* qui n’était plus qu’à deux encâblures des écueils. La frégate était perdue, Monsieur d’Aurribeau fit rassembler tout l’équipage le long des galhaubans tribord arrière, larguer la bouline, choquer la boulinette, donner du mou dans l’écoute de misaine, et le quatrième virement de bord se fit dans le plus grand silence.
Commentaire : morceau de bravoure paraît-il extrait des mémoires de Monsieur de Bougainville.
*Nom du navire de Bougainville, parti à la recherche de l’expédition de La Pérouse.

Et celle-là

Où trouve t on de la bonne eau ?
Au pied du mat
Commentaire
Parce que macache bono (le mât cache bonne eau)
Explication
Au temps de la marine en bois et au goudron, le charnier (caisse à eau à la disposition de l’équipage) se trouvait au pied du grand mat.

Enfin j’oubliais le principal, le « Dictionnaire de l’argot Baille » de Joseph de Miribel est magnifiquement édité aux éditions Naturalia et il sera à vous pour la très modique somme de 30,00 €.

A la semaine prochaine

Donec

PS : mes amis de la marine marchande me signalent que chez eux la « cale 2 » s’appelle la « cale 4 ».

Un homme de caractère Martin Dauch

cher ami

graine d amiral

Salut la compagnie,

Le serment du jeu de paume s’inscrit dans la geste révolutionnaire au même titre que la prise de la bastille ou la nuit du 4 août.

Nous sommes à Versailles par une triste journée pluvieuse. Les représentants du Tiers-Etats sont convoqués à l’hôtel des menus-plaisirs, siège des états généraux. Mais à l’heure dite, ils trouvent porte close et un détachement des gardes-françaises en condamne l’accès. La salle doit en effet être décorée pour une séance que le roi présidera.

« Au jeu de paume ! » s’écrit le docteur GUILLOTIN célèbre médecin parisien. Voilà donc les six cents députés qui se dirigent, tous très excités, vers cette salle qui servit aux ébats sportifs de Louis XIV et du Dauphin. Bailly est désigné président de séance. Mounier député de Grenoble propose que tous les membres présents fassent serment de ne jamais se séparer, de se réunir partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume sait établie et affermie sur des fondements solides. Tous sont invités à prêter serment. Le désordre et l’enthousiasme sont indescriptibles.

C’est dans ce vacarme que Martin Dauch, député du baillage de Castelnaudary se dresse : « Mes électeurs ne m’ont pas envoyé pour insulter et déchirer la monarchie, je proteste contre le serment adopté ! ».

On essaye de le faire changer d’avis mais il tient bon et inscrit à coté de son nom le mot « opposant ». C’est l’indignation. Considéré comme traitre, il ne doit la vie sauve qu’à la présence d’esprit d’un huissier, Guillot qui le fait disparaître par une porte dérobée.

Le lendemain Bailly tentera bien de le faire revenir sur sa décision mais c’est un échec. On lui conseille de ne pas paraître à l’assemblée mais l’homme est courageux, il n’en a cure.

Quand Louis XVI se rend à l’assemblée pour donner son agrément à la Constitution tous les députés restent assis, chapeau sur la tête en signe de protestation. Un seul se lève et se découvre : Martin Dauch.

De retour à Castelnaudary il se désintéresse de la politique. Pourtant les vrais sans-culottes l’ont dans leur collimateur et tentent de l’assassiner. Il déménage à Toulouse où il est arrêté et mis en prison. Fâcheux présage me direz-vous. Heureusement son nom est orthographié « Martin d’Auch ». Les recruteurs du bourreau pensent alors qu’ils ont affaire à un pauvre type natif de cette ville.

Après la terreur il rentre chez lui pour mettre en valeur le domaine familial sans rancune pour ses anciens collègues. Il mourra en 1801.

Si l’on observe le tableau de David, alors fougueux révolutionnaire, on découvre Martin, les bras croisés, assis, la tête inclinée sous le poids de la honte qu’assurément il n’éprouvait pas.

A la semaine prochaine

Donec

Le journal de la passerelle N-11 (1)

La cale 2 : lieu controversé à bord des bâtiments de la Marine Nationale où se rencontreraient, ainsi le veut la légende, les adeptes du 3ème sexe.

Londres 1940

suicide

un oxymore
Bonjour la compagnie,

Le professeur Louis Rougier fut un personnage très controversé. Il avait prétendu avoir rencontré secrètement Lord Halifax le 24 octobre 1940 pour négocier un traité secret où Churchill acceptait de laisser la France s’approvisionner dans ses colonies et nos bateaux de commerce transiter par Gibraltar. Par ailleurs le BBC se refuserait à attaquer la personne du Maréchal Pétain.

Le professeur est à Londres pour négocier cet accord et nous livre un portrait de l’Angleterre autrement plus dynamique que celui de la France vaincue et désespérée.

Laissons parler le professeur : « Je quittais la capitale anglaise à regret. En dépit des bombardements ou plutôt à cause d’eux, on y respirait cette frénésie de vivre que donne l’imminence d’un danger qui peut d’un instant à l’autre abréger vos jours, tout en ayant une faible probabilité de vous atteindre. On y respirait l’haleine heureuse d’un peuple fier qui combat pour la liberté du monde, avec l’obstination farouche du plus élémentaire instinct vital. Le manque d’imagination masquait aux Anglais l’ampleur de l’effort à accomplir ; cependant que l’éloquence de leur leader épique les stimulait comme un grand vent du large.

Deux certitudes s’étaient imposées à mon esprit. Jamais par les seules ressources de l’aviation, les Allemands n’arriveraient à bout de la résistance anglaise : au rythme d’alors il faudrait dix ans d’un pilonnage égal et continu pour niveler la moitié de Londres. Jamais le peuple britannique n’abdiquerait. Je songeais combien un simple accident géologique, comme le canal, peut modifier le tempérament et le destin d’un peuple. Parce que l’Angleterre avait été protégée par les mers des guerres continentales, les mêmes institutions féodales qui avaient conduit la France à la monarchie absolue, à la centralisation du pouvoir, au colbertisme avait produit en Angleterre le parlement, la décentralisation, le free Trade. De nos jours le même accident géologique faisait que les Anglais pouvaient combattre à visage découvert, tandis que la France s’organisait en lutte silencieuse, patiente et inégale, la lutte aux rages rentrées, aux dents serrées, aux bouches closes, des undergrounds militants ».

A la semaine prochaine

Donec

Oxymore : figure de style qui consiste à lier deux mots de sens contradictoire

Je joins le « JOURNAL de la PASSERELLE » édité par l’AMMAC de Grasse qui fourmille d’informations intéressantes
Le journal de la passerelle N-10 pirate (1)

Le petit lest en diable

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‌‌Bonjour la compagnie,

Cols Bleus fut un hebdomadaire incontournable dont les anciens numéros, d’une incomparable nostalgie invitent à l’évasion.

Ses pages recèlent de véritables pépites.

Cette semaine je vous invite à découvrir un récit plein d’humour : le petit lest en diable.

A la semaine prochaine

DONEC

PS : nous poursuivons nos conseils aux marins

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1962 terreur à Oran

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‌Bonjour à tous,

La colonisation française fut à bien des égards un aimable apartheid. A l’inverse des Anglo-Saxons qui méprisaient absolument les « natives », les Français aimaient la population musulmane. Ils pensaient l’avoir sortie de la barbarie et de l’obscurantisme en lui apportant un vernis civilisateur.

Malheureusement cet amour n’était pas réciproque et beaucoup cachaient une haine inextinguible amplifiée par « l’injuste colonisation ».

Comme la violence est accoucheuse de l’Histoire toute une jeunesse algérienne allait se jeter dans une guerre révolutionnaire où les plus malins allaient se tailler des empires et les autres une place à la droite d’Allah.

Le général de Gaulle tout à ses rêves de modernisation du pays se désintéressa de l’affaire, laissant les Pieds Noirs à leur misère et leur vie brisée.

Le « printemps de l’indépendance » fut particulièrement douloureux pour les « Européens d’Algérie », les exactions du FLN annonçant des lendemains difficiles.

L’ultime explosion se produisit le 5 juillet 1962 à Oran quand la populace déchaînée, mêlée aux « libérateurs » laissa libre cours à sa folie meurtrière. Ce n’était au demeurant que l’expression traditionnelle de l’optimisme révolutionnaire. Nous avons tous connu ça.

Dans cette atmosphère de fin du monde, la garnison resta l’arme au pied. Le général Katz responsable du secteur d’Oran se moquant comme d’une guigne de ce qui se passait sous ses fenêtres. Il attendait les ordres.

Cela n’empêchera pas ce personnage controversé, parti de rien, de poursuivre une carrière brillante qui le verra accéder aux plus hautes distinctions.
Pour la petite histoire, il avait mis aux « arrêts de rigueur », le 11 juillet 1962, le lieutenant Rabah KHELIFF coupable d’avoir fait libérer des geôles FLN des centaines de prisonniers européens.

A la semaine prochaine

DONEC

Interlude napoléonien

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Salut la compagnie,

En 1781 Buonaparte à douze ans, il fait ses humanités à l’école de Brienne. Il est pauvre et ses camarades plus opulents en profitent pour le moquer et le molester.

Il écrit donc à son père pour lui demander quelque argent indispensable pour faire bonne figure.

Je vous livre le texte qui annonce déjà le formidable personnage qu’il deviendra :

« Mon père, si vous ou mes protecteurs ne me donnent pas les moyens de me soutenir plus honorablement dans la maison où je suis, rappelez-moi près de vous et sur-le-champ. Je suis las d’afficher l’indigence, et d’y voir sourire d’insolents écoliers qui n’ont que leur fortune au dessus de moi.
« Eh quoi ! Monsieur votre fils serait continuellement le plastron de quelques paltoquets qui, fiers de douceurs qu’ils se donnent, insultent en souriant aux privations que j’éprouve ! Non, mon père, non. Si la fortune se refuse absolument à l’amélioration de mon sort, arrachez moi de Brienne, donnez-moi s’il le faut un état mécanique. A ces offres jugez de mon désespoir, etc. »

On peut dire que le style fait l’Homme

A la semaine prochaine

Donec

Cette semaine nous poursuivons nos conseils aux marins

Perfide Albion

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‌Salut la compagnie,

Dans quelques jours nous commémorerons un évènement pour lequel le cœur de la Marine saigne depuis soixante dix-huit ans : Mers el Kébir.

Les Français sont des adeptes de la guerre en dentelles, de la politesse et du fair-play sur le champ de bataille. Erreur insigne quand on fait la route avec des Anglais. Si l’occasion se présente, ils ne manqueront pas de vous égorger au nom de la seule chose qui vaille : leur intérêt.

Si les Français poussent de hauts cris il n’est pourtant pas un pays qui sacrifierait son intérêt à l’amitié d’un voisin.

Au début de l’été 1940 Churchill n’était pas devenu l’homme d’Etat que nous connaîtrons plus tard. Dans le gouvernement britannique son autorité n’était pas assurée. Pour l’heure il doit frapper un grand coup, étonner le Monde et engager son pays dans la guerre totale. En plus il doit écarter les pacifistes Halifax et Beutler.

Naturellement CHURCHILL voyait loin. Si les hommes politiques français, DARLAN, PETAIN, BAUDOIN étaient absolument sincères lorsqu’ils affirmaient que notre Flotte n’irait pas à l’Allemagne, le Lion savait bien que de renoncements en renoncements ce serait l’issue inéluctable. C’est d’ailleurs bien ce qui faillit arriver.

Nous ajouterons cependant qu’après cet acte assez ignoble, la Grande-Bretagne allait porter à bout de bras la résistance française pendant toute la guerre. Là encore c’était son intérêt ben compris.

Pourtant preuve qu’une justice existe : la plus lourde croix que porta CHURCHILL fut la Croix de Lorraine.

Bien fait et à la semaine prochaine

DONEC

PS : avec les vacances qui approchent certains embarquerons. Je ne manque pas de leur prodiguer quelques conseils indispensables à leur survie.

Vito Dumas et son Legh II

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‌Bonjour la compagnie,

Moitessier et son Joshua, Tabarly et son Pen Duick tout le monde connaît, mais Vito Dumas et son Legh II c’est une autre histoire !
Pourtant le personnage vaut le détour. Né en 1900, Argentin, sportif accompli, il se distingue par une force morale peu commune. Il allait le prouver en accomplissant quelques exploits
.
En 1931, après l’échec d’une tentative de traversée de la Manche à la nage, nous le retrouvons à Arcachon. Pour retourner au pays, par manque de moyens, il y achète un voilier de 1912 à l’abandon, Legh. En dépit de l’état lamentable du bateau et de son inexpérience de navigateur en 76 jours il atteint Buenos Aires le 11 avril 1932.

Mis en jambe par ce premier voyage, il décide de réaliser un tour du monde par les latitudes australes avec son Lehg 2, ketch marconi de 9.5 m de long. Son appareillage a lieu le 27 juin 1942 date qui se situe, comme chacun sait en pleine seconde guerre mondiale.

Pour corser la fête, il choisit de faire route au niveau du 40ème degré de latitude sud, haut lieu de tempêtes permanentes. S’il est un peu secoué, le trafic est faible et offre donc une certaine sécurité. Les sous-marins et les convois s’étripent plutôt dans l’Atlantique Nord. Un petit voilier battant pavillon neutre ne pouvait intéresser les belligérants. En plus ne disposant pas de TSF, il ne risquait pas d’être accusé d’espionnage.

Pour se faire idée de l’envergure du personnage, voici une petite anecdote. Au début de la croisière une voie d’eau se déclare à un endroit difficile d’accès. En la réparant il se blesse aux mains et ses blessures s’infectent (le bâtiment est particulièrement malpropre). L’état de la mer lui interdit de faire bouillir de l’eau et les médicaments dont il dispose sont peu efficaces. Son bras enfle démesurément l’entraînant inexorablement vers la gangrène et la mort. Il envisage alors le plus sérieusement du monde de s’auto-amputer le bras au niveau du coude. Pourra-t-il alors survivre ? Pourtant un abcès qui s’était formé se perce spontanément, purgeant l’infection. Il ne manquera pas de curer la plaie avec le poinçon de son couteau et vogue la galère…

A son retour le 7 novembre 1943 il sera accueilli comme un héros en Argentine. Le tour du monde accompli fut l’un des plus courts mais aussi l’un des plus durs, il fut par ailleurs le premier à doubler le Cap Horn en solitaire et à avoir survécu.

Après SLOCUM mais avant CHICHESTER, MOITESSIER et tous les fils et filles de TABARLY, il a navigué seul dans des conditions extrêmes avec des moyens misérables. Il a pourtant taillé sa route et survécu, pour cela il mérite notre admiration.

Il tira de son exploit plusieurs livres dont « seul cap sous la Croix du Sud » et « seul par les mers impossibles » qui ne lui apportèrent pas la fortune. Dans son pays, l’Argentine, Il est aujourd’hui bien oublié.

A la semaine prochaine

DONEC